Par Pavé Volubile | le 3 juin 2013 | L'air du temps

Mimi Barthélémy est née et a grandi dans une famille aisée d’Haïti puis elle est venue faire des études à Paris.

Ses pas l’ont ensuite emmenée en Amérique Latine, en Afrique du Nord, au Sri Lanka, aux Etats Unis, avant de s’installer, pour notre plus grande chance, ici.

C’est quand elle s’est éloignée de son île natale qu’elle a pris conscience combien Haïti coulait dans ses veines. C’est quand elle s’est éloignée de son île natale qu’elle a rencontré les Haïtiens issus d’autres milieux que le sien.

Alors Mimi a compris à quel point elle était Haïtienne et à quel point son île était multiple et riche en poésie, en culture, en luttes.

Tel un arbre qui s’enracine profondément dans la terre pour mieux lancer sa cime vers le ciel, Mimi s’est nourrie des traditions de son pays Haïti ; de ses musiques, de ses contes, de ses chansons, de sa poésie pour écrire, pour raconter, pour créer des spectacles qui s’adressent à tous.

Mimi revendiquait fièrement son identité Haïtienne, mais elle revendiquait tout autant l’universalité de chaque récit qu’elle écrivait ou racontait.

Mimi c’est une langue unique, forgée comme une dentelle métallique tellurique de poésie dense et percussive qui martèle et râtelle. Elle faisait résonner le français et le créole comme deux instruments qui jouent à l’unisson.

Mimi l’énergie vitale, le torrent de force et de tendresse, le sourire étincelant, le soleil qui adoucit la vie.

Une fois à l’issue d’un spectacle j’ai entendu une femme lui dire : « Oh, vous êtes petite en fait. Je vous ai crue immense quand vous étiez sur scène ! »

Quand on rencontrait Mimi, elle nous accueillait toujours comme on accueille la pluie au cœur du désert. On avait toujours le sentiment d’être un cadeau. Elle avait un cœur vaste et extensible à l’infini et elle faisait une place à chacune et chacun.

Elle ne savait sans doute pas à quel point, elle a pris une place de choix dans le cœur de toutes celles et ceux qui l’ont rencontrée, sur scène et dans la vie.

Si nous pleurons aujourd’hui, nous pleurons sur nous-mêmes, parce qu’elle va nous manquer. Un vide immense.

On ne pleure pas Mimi. On chante Mimi, on rit Mimi, on célèbre Mimi !

Mimi a vécu la vie qu’elle a voulue. Elle a brillé, étincelé, partout où elle est passée. Elle est partie en plein envol, comme une étoile filante qui refuse de s’arrêter d’irradier.

C’est la nuit que nous avons besoin de lumière dit le conte.

Les plus grands porte-bonheurs de sa vie, ses enfants: Coralie, Clémentine, Elodie et Maurice Barthélémy et ses petits enfants Balthazar, Alizé, Céleste, Luce, Diego, Martial et Tess. Ils étaient, chacun à son tour, la 7e merveille du monde. Ils l’ont entourée de beaucoup d’amour. Elle en était si fière.

Nous avons beaucoup de chance d’avoir croisé sa route.

Que la vôtre soit douce… longtemps.

Alléluia pour une femme jardin !