Par Pavé Volubile | le 16 septembre 2013 | L'air du temps

Elle est partie par un bel après-midi d’été, le 23 août très exactement.

Nous ferons désormais des libations pour elle, pour arroser les paroles qu’elle a semées tout au long de son chemin de vie. Un article dans Le Monde retrace son parcours de chercheuse, mère de l’ethnolinguistique en France.

Je voudrais quant à moi témoigner ici de la richesse de son enseignement. Geneviève a aimé plus que tout, son métier d’enseignante. Transmettre oralement tout ce qu’elle avait appris sur le terrain dans la culture dogon et chez les izawaghen du Niger.

Rue des Bernardins, à l’Institut de phonétique de Paris III, tous les vendredis de 10h à midi, un rendez-vous que je n’aurais raté pour rien au monde : son séminaire de 3e cycle. Il s’agissait d’une approche ethnolinguistique des littératures orales africaines, mais dans la réalité, tel un bateau ivre de paroles de vie, ce séminaire nous a emmenés des rives de l’Afrique vers la Mandchourie, le Mexique ou le Liban et nous a permis de réfléchir sur le folklore des tout-petits, sur les contes, les proverbes, les mythes,…

Avec des talents de conteuse, Geneviève étayait tous ses cours de méthodologie par des récits édifiants : mythe dogon, contes, conception de la parole, classification des insectes,… Nous l’écoutions sans jamais nous lasser. Jamais une feuille ou un crayon. Transmission orale.

Chacun de nous faisait à son tour un état des lieux de sa recherche avant que les discussions ne s’engagent. Geneviève nous écoutait et dirigeait notre travail avec beaucoup d’exigence et d’humanité. « Une bonne thèse, disait-elle, est celle qui pose de bonnes questions. » Elle nous a appris à poser les bonnes questions, mais elle nous a surtout appris à écouter le monde.

En 1997, j’ai réalisé une série d’entretiens pour France Culture avec elle dans l’émission A voix nue. Ces entretiens sont publiés dans La Parole du monde au Mercure de France, dans la collection Le petit Mercure. Elle conclut nos échanges ainsi : « J’aimerais, pour terminer, rappeler la formule ancienne de clôture des contes dogon : ‘Demain nous irons ramasser des cauris au marché’ , les cauris, ces petits coquillages qui servaient autrefois de monnaie, étant le symbole des échanges et des paroles qu’il ne faut pas laisser se perdre. »

Que les cauris qu’elle a semés puissent ne jamais se perdre.